Biographie (suite)

Très jeune, Claude Thiel de Neuville entre dans l’atelier d’un artiste belge Van den Berghe, ancien élève des Beaux-arts de Bruxelles qui lui avoue d’emblée n’avoir plus rien à lui apprendre et le Maître lui commande son portrait, lui fournissant la toile sur son châssis. Et il entretient une bonne amitié avec ce Maître qui lui donnera après sa mort son chevalet, ses brosses et ses tubes de peinture à l’huile. Dès cette époque, Claude Thiel de Neuville déclare à plusieurs reprises dans la presse se consacrer à l’art du portrait, s’intéresser plus aux êtres qu‘aux choses.Ensuite, il entre dans l’atelier de Clémensac. Ce Maître l’initiera au maniement des couleurs, des dégradés (il peint alors des bananes d’après nature avec assiduité nous confie-t-il), à la perspective, à la divine proportion et au nombre d’or. Mais son véritable Maître, c’est dans un livre de chevet qu’il le trouve : « La technique de la peinture à l’huile » : histoire du procédé à l’huile, de Van Eyck à nos jours, éléments, recettes et manipulations, pratiques du métier par Xavier de Langlais. Claude Thiel de Neuville déclare que la peinture, c’est de la cuisine à l’huile ou à l’eau…Mais, normand, il préfère la cuisine au beurre. On peint aussi avec des œufs (tempera), mais pas avec du beurre… Pourtant, Claude Thiel de Neuville dit qu’il est un artiste qui « fait du beurre » avec des œufs.A cette époque sa validation dans l’art du portrait lui vaut une sélection au Concours international du portrait de l’Académie française et une exposition d’un mois au musée Marmottan. Il n’a que dix-sept ans et se refuse d’être un génie. Il ajoute qu’aujourd’hui, « on fabrique des génies comme on imprime des billets de banque ». Déjà, à cette époque, il est un adepte de la sobriété, la modestie est au mérite ce que l’ombre est au tableau. Les génies, de nos jours, sont plutôt les artistes qui érigent de leur vivant des monuments monumentaux à leur gloire pour tenter de perpétrer la mémoire de leur individu. L’art contemporain s’exprime souvent dans le gigantisme (plus c ‘est grand, plus cela a de valeur). Il ajoute que c’est de l ‘« artoxe ».Il réussit alors son baccalauréat de mathématiques élémentaires l’année de la révolution de 1968 de justesse grâce à l’option dessin où il obtient la note de 19,5 (pourquoi pas 20 ? dit-il) en réalisant quelques portraits en pied à la mine de crayon d’après une modèle vivante. Il se rappelle qu’elle avait une jupe écossaise, un drapé difficile. Ce baccalauréat de mathématiques élémentaires option dessin lui ouvrira les portes pour étudier les mathématiques supérieures puis spéciales.Il faut noter que depuis l’âge de 10 ans, Claude Thiel de Neuville a soupé dans les meilleures gamelles de l’armée française, du Prytanée (Ecole de Descartes) jusqu’à Saint-Cyr et il en est reconnaissant car il a toujours eu des Maîtres émérites.Cette solide formation, dès le plus jeune âge, lui a permis l’étude du Latin et l’obtention plus de 30 diplômes et certificats dont 5 doctorats de l’Université et 2 diplômes d’ingénieur, le dernier certificat en date étant celui de cultivateur de riz, incluant le permis de conduire un buffle, ce dont il est le plus fier.Claude Thiel de Neuville est aussi l’inventeur, non pas d’engins de guerre, mais du compensateur d’arrimage alvéolaire qui a épargné de nombreuses vies humaines (l’alvéole est un concept qui reviendra plus tard dans son oeuvre), de la machine à trouver l’inspiration, du principe du double roulement à billes appliqué à la gestion des déchets radioactifs, des restes des naufragés du Radeau de La Méduse et des rillettes de crocodile…

En 2002, l’Etat français l’anoblit et lui donne le titre de « de Neuville ».

La conception de la réalité a changé dans nos esprits. La réalité, c’est en premier lieu l’être au niveau élémentaire, c’est l’objet quantique, cette dualité onde-particule qui compose l’univers. Que sait-on de ces ondes et de ces particules? Que ce sont des manières de voir les objets et non les objets en eux-mêmes. Aussi, la réalité fait toujours l’objet d’un questionnement essentiel.

Claude Thiel de Neuville n’y échappe pas. Mais sa recherche sur la réalité se situe à notre niveau de perception, c’est-à-dire à des « années-lumière » de cette réalité quantique primaire, sensorielle, qu’il n’ignore pas, mais dans une autre réalité plus complexe parce que multiple qu’il appelle le par-être. Aller vers l’infiniment petit ou l’infiniment grand, ce n’est pas le plus laborieux, mais revenir, retrouver le chemin du retour à notre échelle de perception, aller dans « l’autre sens » pour comprendre le par-être, la tâche est ardue.

Portraitiste talentueux, Claude Thiel de Neuville va se lancer dans une fabuleuse expérience pour étudier le par-être. Il veut peindre plus de 1000 visages dans l’espace et non plus sur une surface plane. Mais, il lui faut un support, ce sont les plateaux alvéolés pour le conditionnement de 30 oeufs qui font l’affaire. Peindre dans l’espace a pour effet de démultiplier les points de vue. Ainsi, lorsque le spectateur se déplace devant l’oeuvre, les visages se décomposent, puis se recomposent. Claude Thiel de Neuville met en exergue une permanence du par-être des visages et des images.

Parallèlement, Claude Thiel de Neuville se lance de nouveau dans la grande composition avec son oeuvre « Le Radeau de la Méduse ». Dans cette oeuvre, Claude Thiel de Neuville revient d’autres mondes qu’il a explorés en rêve, en imagination et en fictionnalisation. Cette oeuvre pourrait se rapprocher du genre de la fiction, mais d’une fiction originale en ce sens qu’il nous raconte son long voyage à pied, non seulement avec quelques mots, mais surtout avec des choses, des tableaux, des cartes, des sculptures, et surtout des assemblages. Ce récit est en fait un amalgame d’une multitude d’histoires extraites de temps différents qui se confrontent dans un nouveau présent toujours futur pour l’observateur. La réalité du par-être est complexe, elle est superposition, juxtaposition, convergence de plusieurs points de vue, plusieurs manières d’appréhender l’univers. Il y a la réalité sensorielle, animale qui nous est retransmise par nos translateurs humains et qui nous donne la possibilité de capter une certaine perception immédiate de la réalité. Mais il y a la réalité intelligible, une réalité à facettes, tour à tour imaginée, rêvée ou fictionnée. Avec Claude Thiel de Neuville, nous avons la certitude que l’homme n’est plus enfermé dans un seul univers et qu’il a cette liberté de se mouvoir et de créer.

Victor Hugo et une autre…