Fiction de la Plaine des Jarres

Fiction de la Plaine des Jarres en cours d’écriture (à suivre…)

En des temps immémoriaux, les instigateurs de ce chantier, une cohorte de quelques centaines d’hommes, étaient venus du nord, des hommes géants aux longs cheveux, aux allures de dieux. Ils avaient captivé les Autochtones des environs en masse.

Le lieu du chantier avait été choisi en fonction des travaux qui seraient à entreprendre. Un champ de roches fortuit, à flanc de montagne, dominait une baie peu profonde abritée par des massifs qui y plongeaient directement. Il serait plus facile de choisir et de haler les pierres de ce champ à ciel ouvert plutôt que de les extraire de la montagne. Les jarres seraient confectionnées sur place puis bardées avec des bambous pour constituer un emballage cylindrique pour les protéger et aussi, pour rendre leurs déplacements plus aisés en les roulant. Ensuite, il faudrait les acheminer, d’abord leur faire descendre la pente en les retenant avec des cordages et ensuite les charger sur le radeau.

De plus, il y avait aussi, à perte de vue, des étendues de graminées géantes, des bambous et des cocotiers qui poussaient en abondance et qui pourraient aussi nourrir les hommes le temps de ce chantier.

Ce radeau avait une taille gigantesque, sa longueur était d’une demi-encablure et sa largeur d’un tiers. Son port en lourd devait supporter le poids de la totalité des jarres. Il devait accueillir les 3000 jarres qui représentaient un poids d’environ 3200 tonneaux, plus l’équipage et les provisions. Sa hauteur était d’une demi-toise. Le volume du bambou du radeau représentait 2178 tonneaux de jauge, son poids 700 tonneaux. Le tirant d’eau lège était d’un tiers de pied du roi, en charge de deux.

La confection de ce radeau n’avait pas été la partie la plus difficile de ce chantier pharaonique, l’extraction des blocs de molasse du tertiaire du champ de roches et le façonnage des jarres avaient demandé 6 millions d’hommes-jours (3000 hommes). De plus 3500 femmes et autant d’enfants (en ce temps–là, la moitié des enfants étaient en âge de travailler) s’occupèrent de la logistique pour assurer la survie de cette armada. Il fallait approvisionner le chantier en nourriture, en eau, en bambous et en noix de coco. Tard le soir, les jours de pleine lune, les femmes et les enfants avaient filé le coir pour confectionner les cordages qui serviraient à assembler les bambous pour constituer les bardages et le radeau.

Le radeau a coulé du fait d’une tempête estivale à quelque milles de la côte: un courant de nord-ouest aurait coïncidé avec un vent de nord-ouest durant deux jours et aurait dévié le radeau de sa route. Après avoir dérivé, il a coulé lentement au large de la ville actuelle de Phonsavan en faisant de nombreuses victimes même si peu d’ossements ont été retrouvés. Les jarres bardées tombèrent progressivement, les unes flottaient grâce au bardage et dérivaient , d’autres perdirent leur bardage et plongèrent directement au fond, se brisant parfois les unes sur les autres. La mer éparpilla les 3000 jarres sur plus de cinq cent milles carrés puis se retira.

Dans l’histoire de notre planète, ce naufrage demeure de loin le plus mortel en matière de vies humaines et dépasse par son ampleur ceux de La Méduse, du Titanic ou du Joola et autres embarcations. Cette théorie du naufrage ne sera pas le cadre de ma fiction. Je voudrais que ma fiction se passe à un moment paisible pour cette plaine quand une vie sereine est possible donc en tout cas bien avant son utilisation récente comme exutoire et dépotoir à bombes.