La Trottinette

La Trottinette

Assemblage, année 2000 10 x 58 x 56 cm

Dans ma démarche, mon premier objectif a été de construire une trottinette qui fonctionne, qui soit solide et qui puisse résister aux outrages du temps. C’est d’abord un objet utile dit de consommation, un objet industriel. La preuve en est que mes enfants l’ont utilisée de temps en temps pour jouer et se déplaçaient avec. Elle a d’ailleurs primitivement été conçue à leur taille donc pour leur usage. Son originalité tient aussi au fait qu’à ma connaissance, c’est aussi la seule trottinette qui se tient debout sans accessoire. Les autres trottinettes ont une béquille. Elle est tout le contraire des ready-made et elle fait preuve d’un caractère inventif, novateur. Elle résulte d’une composition, d’un ordonnancement qui lui conférent une utilité.

Elle est un amalgame de matériaux hétéroclites, chargés d’histoire et de ce fait manifeste un point de rencontre d’événements qui se sont passés à l’échelle planétaire :

– une planche en bois, c’est du bois provenant d’un châssis de tableau, c’était sa dernière utilisation. C’est un bois chargé d’histoires, une sorte de carnet de route, car il provient de la récupération de palettes qui ont servi à arrimer des marchandises pour leur transport. C’est un morceau de bois qui a traversé au moins une fois la planète, j’en ai la preuve. Que pouvait représenter l’oeuvre que ce châssis a tendue ?

– des morceaux de tubes, l’un en cuivre dont le destin immédiatement antérieur a été de véhiculer du gaz qui servait à la famille qui habitait précédemment la maison où je vis pour cuisiner et se chauffer, les autres en PVC, dont le destin devait être de protéger des fils électriques des outrages du temps qui eux-mêmes devaient véhiculer l’énergie et probablement la connaissance et l’essence de l’univers,

– des roulettes pivotantes qui proviennent peut-être d’un siège éjectable, un de ceux que l’on rencontre de plus en plus dans la société, en politique ou en entreprise.

Elle est à la fois un engin de transport par son existence mais aussi par l’essence de ses propres matériaux. Ces matériaux qui la composent sont chargés d’une mouvance préexistante à mon oeuvre.

Dans cette oeuvre, je pense avoir non pas effectué des détournements, mais défini de nouvelles solidarités entre des matériaux mais aussi entre des événements qui à l’origine n’avaient aucun passé commun.

Elle est aussi une oeuvre critique. Elle représente une vision de la société et de la condition contemporaine de l’homme. Avec la trottinette, l’homme est illusionné, manipulé, soumis aux phénomènes de mode et de masse. D’un jeu pour enfants il y a quelques décennies, l’objet de la trottinette est repris mais détourné par les puissances de l’argent et devient un instrument de la réussite sociale, le jeune cadre dynamique se veut la posséder au même titre que son ordinateur et son téléphone portables, elle fait partie de sa panoplie.

J’y vois aussi l’homme qui désire si fort puis qui délaisse et abandonne lorsqu’il a possédé et que cela ne lui rapporte plus rien. Il en est de la trottinette, l’engouement a été éphémère, l’illusion est terminée.

Elle représente néanmoins un espoir d’aube et de lendemains nouveaux, la foi en l’homme intarissable, qui n’a de cesse de répéter ce qui a déjà été dit, ce qui a déjà été fait mais qui à chaque fois ajoute quelquechose de nouveau, de transcendantal quand il s’approprie le passé ou l’existant.

Oeuvre sociologique, elle est aussi une oeuvre didactique, je l’ai conçue pour interpeller le spectateur, l’amener à se poser des questions et le faire participer. Elle est loin d’être un monument à la gloire de la trottinette. Certes elle serait utile pour un monument aux morts, en tant que relique de la vie contemporaine. Pour que les hommes n’oublient pas. Elle m’apparaît de plus en plus aussi comme une des girouettes du monde contemporain, c’est d’ailleurs pour cela que j’ai conçu ce socle mural original pour la présenter comme un tableau. Dans cette position elle indique sinon un chemin, une direction.

En la créant, je n’ai pas cherché à fuir l’esthétique. Sa création a été en tout premier lieu pour moi un divertissement, c’est une oeuvre de temps de paix, elle exprime le bonheur de l’homme, le témoignage d’un artiste, de ses instants sans souci ou il se prend à rêver peut être pour ne pas voir passer le temps ou parce qu’il n’a plus rien d’autre à faire. Elle est esthétique parce que j’en ai retiré un sentiment de plaisir en la créant, plaisir de fabriquer, plaisir de raconter une nouvelle histoire, plaisir de la rencontre fortuite, plaisir de témoigner, plaisir de faire oeuvre de critique.

Ce plaisir que je souhaite partager avec ceux qui voudront bien la contempler. Claude Thiel de Neuville

« Cette oeuvre a été présentée pour la première fois au public à l’espace Aragon à Bezons (95) le 9 janvier 2002 à la soirée « Paix et Solidarité »

 La TROTTINETTE de Claude Thiel de Neuville. Que dire de cette oeuvre ? Il s’agit donc d’un objet d’art sociologique ou de dérision à la manière de Marcel DUCHAMP. Un clin d’oeil-témoignage néo-dadaïst et à notre enfance, celle des trottinettes, des yoyos et des transistors des années 60 (j’ai 7 ans de moins que Claude Thiel de Neuville et les sixties représentent la période de ma prime enfance) par lequel hommage l’artiste nous propose de rajeunir ! Assemblage hétérogène de matériaux de récupération qui prolonge aussi l’imaginaire de notre enfance où toutes les époques et toutes les générations seraient confondues : celles de la Guerre des Boutons de Louis PERGAUD réconciliée avec celle des 400 Coups de François TRUFFAUT ? L’enfance de nos campagnes et celles de nos cités; celle de nos parents qui comme nous s’amusaient d’une « carriole »…ou jouant sur une construction improvisée à partir d’une planche de bois montée sur un roulement à billes ! La génération de nos vieux patins à roulettes et celle de nos actuels roller-skates ! …ou bien enfin la génération de la TROTTINETTE…virtuelle ! La TROTTINETTE, c’est surtout une oeuvre de critique sociale et de dérision (on l’a dit) et la véritable morale du Monde des loisirs (!) laquelle nous fait dire avec un faux-air de nostalgie « Autrefois, on savait s’amuser ! » confrontés une nouvelle fois à nos ordinateurs PC qui viennent de retomber en panne ! L’ @ TROTTINE-NET ! Trottinette suspendue, bloquée, aux sommets de nos vieilles illusions. En résumé, VIVE LA TROTTINETTE (à roue) LIBRE !

DOC’ J.P.P. , Docteur ès Arts.

  » Quatres oeuvres modernes, assemblages ou hommages à la paix et à l’insouciance. Instants glanés et pensées flanées recomposés sous formes hétéroclites d’objets ou êtres-figures évoquant l’enfance ou l’universalité. Couleurs terre, pierre et bois.  Avec insertion de matériaux ou inventions du siècle passé ou du 3è millénaire. »

 DOC JPP, Docteur ès Arts.