Gaver d’images le spectateur

Il s’agit pour moi d’introduire le spectateur dans un monde ludique (les plateaux à oeufs) où son regard sera sans cesse sollicité par des effets visuels en constante gestation.Mon exigence de dépouillement, en simplifiant de plus en plus les visages et en les peignant en noir, est liée à ma recherche des principes élémentaires de la permanence de la présence et de l’identité. Je réduis le visage à ses traits essentiels, une ombre, une empreinte, un tampon, un pictogramme: dépouillé de ses détails, réduit à des signaux, je pense qu’il acquiert ainsi une efficacité visuelle maximale. Cela a aussi pour effet d’ôter aux visages des significations conventionnelles qu’on lui attribue pour n’en conserver que l’apparence, l’image épurée qui provoque alors la fascination. Pour intensifier celle-ci, je démultiplie le même visage sous divers angles, conférant ainsi un aspect cinétique et une dimension spatiale à l’ensemble. C’est aussi l’illusion du mouvement et le mouvement lui-même qui m’intéressent. Les reliefs des conditionnements alvéolaires sont perçus en incessantes transformations, tantôt en creux, tantôt en bosse. L’ambiguïté est accentuée par l’apport aléatoire volontaire des gammes colorées en des associations ou des oppositions de couleurs chaudes et froides, créant ainsi un « perpetuum mobile en trompe l’œil ». J’use aussi des subterfuges des réactions physiologiques de la perception visuelle, j’assemble les conditionnements alvéolaires dans l’espace pour créer un effet d’ondulation (Twin towers, Jeu de massacre, Cubes, etc) et j’escompte sur les effets lumineux naturels et artificiels lors des expositions. J’élabore ainsi un univers dans lequel se perd le regard, en composant et recomposant les visages qui se désagrègent aussitôt que devinés, suggérant ainsi le mouvement Je veux ainsi substituer au monde du réel un monde fictif, toujours réel mais mental. Ainsi j’institue de nouvelles relations entre les spectateurs et mon travail puisque le visiteur n’est plus passif, dérangé, il est aussi libre d’interpréter l’image en autant de situations visuelles qu’il pourra en concevoir.

A suivre