La recherche d’aventures picturales

Je recherche des aventures picturales par un renouvellement incessant de mon travail, j’attends de mon travail qu’il me transporte le plus loin possible, qu’il me dépasse et me surpasse, par la mise en oeuvre permanente d’une espèce d’exorcisme pictural à la faveur duquel mon travail échappera à mon contrôle et se manifestera à moi comme une force extérieure me révèlant de l’inconnu et du nouveau. Les êtres jusqu’à leur regard sont générés par un mouvement électronique. Ce mouvement ou plutôt ce chaos électronique qui avec si peu de matière insuffle la vie à la matière. Ce surgissement du vivant reste pour moi un mystère. Comprendre le principe de la mutation du physique au biologique. Du visage, je ne conserve que l’idée d’éruption dans l’espace. Je poursuis sans fin ce peu de matière, cette origine de la réalité de la vie aux limites de l’invisible, ce qui s’est réellement offert à mon œil quelques instants pour me révéler une présence et une identité. J’essaie d’explorer de plus en plus vite la matière en ce qu’elle a de plus secret dans un délire de formes et de couleurs. Ce n’est plus une peinture de portraits, c’est une course poursuite des électrons sur leurs trajectoires afin de percer le secret qui leur permet non plus seulement l’évocation du relief, de la couleur et de la matière mais de générer la vie. En même temps, j’essaie de capter les turbulences et les mutations de cette agitation moléculaire qui nous constitue et qui nous fait tout à coup apparaître ou disparaître, qui nous donne un visage particulier et différent des autres, à chaque instant différent de soi, pourtant toujours le même et qui le demeure au travers de nos déplacements ou des déplacements de ceux qui nous regardent. Je recherche la clé de cette permanence et de cette identité au travers des nombreux et changeants visages que je représente, la mémoire de ces visages, leur épure ou leur principe qui organise le mouvement des électrons dans l’espace afin que ces êtres soient ainsi et le demeurent. Je sais aussi que la réalité qui se dresse devant moi peut soudainement se dérober et que tout ce à quoi l’on tient ou l’on croit est constamment mis en danger. La présence et l’identité me semblent alors comme des bulles d’air provenant du cloaque de l’espace et du temps d’où émerge cette vie si instable et si fugitive.

A suivre