L’aspect industriel de mon travail

Comme Andy Warhol l’avait fait, j’ai appelé mon atelier la Factory, l’usine. Mon fils Vincent de 4 ans a lui aussi repris cette idée et a appelé sa chambre « l’usine à fabriquer des monstres ». En retour, je fabrique peut-être aussi des monstres. Depuis quelques années, je pousse à son paroxysme le caractère industriel de mon travail, ma production est importante, mais volontairement limitée en raison des débouchés. Cette société de consommation ou plus précisément cette société de conditionnement nous contraint, nous les artistes, à produire de plus en plus vite et au moindre coût. De plus il est vrai qu’aujourd’hui, on ne s’adresse plus à son entourage immédiat mais au monde entier et qu’il faut alors produire énormément pour le satisfaire. Victime comme tout le monde, d’un harcèlement administratif, je n’ai jamais assez de temps pour réaliser mon oeuvre. Pour poursuivre ma logique de diffusion massive, j’ai besoin d’aller plus vite et d’être le plus productif possible. Après l’image démultipliée, il me faut maintenant la produire en grande série. Au début de ce travail, il m’aurait fallu un an pour peindre 1000 portraits. Aujourd’hui, après un mois de travail, je peux actuellement peindre plus de 5000 conditionnements par an (près de 600 m2) en ne travaillant que quelques heures par jour, et seul. Cela ne me satisfait pas encore et m’entraîne à expérimenter de nouveaux procédés pour passer de la création artisanale à la reproduction mécanique parce que comme disait Warhol « c’est trop embêtant de peindre », et j’ajoute « dans ces conditions ». Ou bien il faut arrêter de peindre et s’engager dans des voies artistiques plus sereines telle que la vidéo qui permet une diffusion massive. J’ai, en 2002, ouvert cette porte d’entrée des artistes.

A suivre